Doit-on réglementer davantage l’élevage et l’abattage des animaux ?

 

Si vous vous intéressez à la cause animale, je ne vous apprendrai rien en vous disant que les conditions de vie et de mort des animaux d’élevage sont indécentes. J’aimerais ici citer un passage du livre Le silence des bêtes, la philosophie à l’épreuve de l’animalité par Élisabeth De Fontenay :
« Oui, les pratiques d’élevage et de mise à mort industrielles des bêtes peuvent rappeler les camps de concentration et même d’extermination, mais à une seule condition : que l’on ait préalablement reconnu un caractère de singularité à la destruction des Juifs d’Europe, ce qui donne pour tâche de transformer l’expression figée “comme des brebis à l’abattoir” en une métaphore vive. Car ce n’est pas faire preuve de manquement à l’humain que de conduire une critique de la métaphysique humaniste, subjectiviste et prédatrice. »

 

Je me passe de commentaire, vous aurez compris par vous-même…

Fort de ce constat, la question nous vient : “Que faire ?”

Certains d’entre vous se seront certainement dit, en lisant le titre de l’article :

“Mais bien sûr, il faut réglementer ! Les conditions actuelles sont inacceptables…”. C’est tout à fait vrai, les conditions sont inacceptables.

En revanche, la raison pour laquelle je me pose la question est la suivante : En modifiant la réglementation, ne finirons-nous pas par moraliser davantage les pratiques de l’industrie agro-alimentaire ? L’effet d’une réglementation plus stricte serait alors contreproductif.

En effet, en imposant plus de règles, nous ne sommes pas certains que la pratique changera. Il faudrait un dispositif assez efficace pour s’assurer de leur mise en oeuvre.

Si nous ne sommes pas certains des résultats, les industriels, quant à eux, iront fonder leurs pratiques sur ces nouvelles règles pour légitimer leurs actes.

Les consommateurs ne changeront pas leurs habitudes.

Ce qui nous conduira à un changement de modes de consommation est une prise de conscience sur deux points :

  • Premièrement, nous traitons les animaux de façon inacceptable,
  • Deuxièmement, nos modes de consommation ont des conséquences graves sur l’environnement et le biodiversité

Si nous réglementons, nous nous attaquons à la première partie du problème, mais pas la deuxième. Pire, si nous réglementons l’élevage et l’abattage d’animaux, nous participerons à un ralentissement total de la lutte pour la cause animale puisque la majorité des consommateurs auront bonne conscience en mangeant de la viande !

 

La question est donc difficile… Quel risque vaut-il mieux prendre ? Avec une idée du cadre législatif et réglementaire en vigueur, nous arriverons peut-être mieux à cerner les besoins éventuels de changement.

 

Est-il nécessaire de changer la réglementation ?

Vous n’aurez pas à lire une longue série de réglements et de lois ici… Je ne vous ferai pas non plus un listing, car les règles sont nombreuses. Elles proviennent principalement de l’Union Européenne sous forme de Directive et de Règlements. Sans ces derniers, il est justifié de penser que la France serait très en retard sur le respect du bien être des animaux !

Comme je l’explique dans un article précédent (voir ici), les animaux sont reconnus comme des êtres sensibles par le Code rural (article L214).

 

  • Quand les poules auront des dents

Pour vous donner une illustration parlante, j’aimerais vous parler de poules, plus précisément de poules pondeuses. Les petites veinardes ont droit à 750cm² de surface pour se détendre les pattes… Vous buguez ? C’est normal… 750m² est l’équivalent d’un peu plus d’une feuille A4. Disons une boite à chaussures par poule pondeuse… Vous imaginez bien que, dans de telles conditions, les poules ne peuvent pas pondre des oeufs de qualité.

 

  • Le train-train quotidien

Un autre pan de la législation touche au transport des animaux. Hé oui, ce n’est pas un couloir de la mort qu’ils doivent traverser, mais tout une autoroute pour certains !

Par souci de rendement, certains industriels les entassent, les jettent dans un camion en les blessant au passage, et les transportent à l’abattoir. Certaines règles s’imposent donc, comme des temps de repos, des nombres d’animaux maximum autorisés par véhicule…

 

  • Sans queue ni tête

Enfin, après une vie paisible et un transport sans encombres, l’animal a droit à l’étourdissement avant l’abattage. C’est ce qui est prévu par la loi. Il existe une exception à cette exigence, pour l’abattage rituel… exception qui semble, de plus en plus, faire la règle.

Tout cela pour vous dire qu’il existe bien des dispositions visant à améliorer le sort des animaux… (Voilà que je me surprends à rêver éveillée qu’un jour, il n’y aura plus de règles du tout sur le sujet …puisque nous ne mangerons plus de viande.) Nous voyons qu’en aucun cas elles ne permettent de garantir un traitement décent des animaux.

 

Comment modifier la réglementation ?

Maintenant que nous avons une petite idée du genre de règles qui s’appliquent, nous pouvons passer à la question suivante. Il s’agit de savoir comment modifier la réglementation.

  • Le bonnet d’ane pour la France

Pour savoir comment modifier la législation, il faut savoir à quel niveau le faire.

Je vous ai dit tout à l’heure que l’Union Européenne était responsable d’une bonne partie des règles qui “protègent” les animaux. Sans ces avancées, il se peut que la France eut été très en retard sur la législation protégeant les animaux.  Le Conseil a encore récemment adopté un texte qui vise à aller plus loin dans les garanties pour les animaux (plus d’infomations ici).

Certains pensent que c’est au niveau Européen que nous avons plus de chances de voir des évolutions, je pense notamment à une porte parole de l’association L214 (plus d’informations ici).

Elle a raison. Simplement, il faut savoir que la France est dernière de la classe à l’école de l’UE quand il s’agit de mise en oeuvre des réglements et directives européennes. Si les contribuables savaient combien la France doit payer de pénalités de retard tous les ans…

Tout cela pour dire que même si l’UE prend des mesures, encore faut-il que la France les applique dans des délais raisonnables.

  • Dieu fit les animaux sur la terre selon leur espèce

Revenons à nos moutons… et plus précisément à comment nous pouvons leur épargner l’agonie terrible causée par l’abattage rituel.

Je pense que c’est la priorité car la souffrance qui leur est infligée n’est pas nécessaire. Cela concerne les moutons mais aussi les autres animaux. J’ai expliqué l’idée dans un article précédent mais je vais résumer ici pour vous.

Pour que la viande soit hallal ou casher, il faut que l’animal soit égorgé et vidé de son sang pendant qu’il est encore vivant. Le débat sur la nécessité de ne pas étourdir l’animal oppose :

  • ceux qui estiment que, même étourdi, l’animal peut toujours être considéré comme étant vivant,
  • et ceux qui estiment que l’animal doit être conscient lorsqu’on lui tranche la gorge.

Il ne s’agit pas de pointer du doigt les musulmans ou les juifs, car nous sommes tous dans le même bateau, et l’abattage non rituel engendre également des souffrances terribles pour les animaux.

Dans le cas de l’abattage non rituel, c’est-à-dire l’abattage avec étourdissement, il arrive que l’animal soit mal étourdi, et qu’il se réveille pendant qu’on procède à la mise à mort. On en revient donc au même problème qu’avec l’abattage rituel.

Dans les deux cas, il arrive que l’animal soit dépecé et découpé avant même d’être mort… Le souci, pour l’industrie agro-alimentaire, est l’efficacité et l’optimisation du temps pour plus de rendement. Dès lors, pourquoi attendre que l’animal soit mort pour le découper ? …

Ce que je dénonce est plus large que l’abattage rituel en lui-même. Les abus qui en découlent posent aussi problème. La question de la validité d’un abattage rituel malgré étourdissement est importante. Elle mériterait plus d’attention. L’animal étourdi n’est pas mort… puisqu’il se réveille au bout de quelques minutes !!! L’Indonésie, la Jordanie, par exemple, permettent que l’animal soit étourdi avant abattage, pour la viande halal !

 

  • Pas vu pas pris

Au delà de l’abattage rituel en tant que tel, nous pouvons nous pencher sur la mise en application des règles déjà existentes. Le ministère de l’agriculture a pour role de veiller à la protection des animaux … dans les abattoirs. Je ne suis pas sure que cette phrase ait vraiment un sens, mais je vais tacher de ne pas jouer la mauvaise foi.

Des services vétérinaires sont donc en charge d’inspecter les abattoirs afin de s’assurer que les pratiques de mise à mort sont conformes à la réglementation.

Des vétérinaires se rendent dans les abattoirs pour vérifier que “tout se passe bien”… ou plutot, que tout se passe comme la loi le prévoit. Le système ne fonctionne pas bien.

L’exemple d’un vétérinaire qui a démissionné de son poste d’inspecteur après 12 ans de services, écoeuré par les pratiques des abattoirs est très parlant. Il constate qu’il s’agit de la majorité des abattoirs qu’il a visités (vous pouvez trouver son témoignage ici).

Pourtant, rien n’est fait, la situation reste la même ! Ces vétérinaires sont mandatés par le gouvernement. Comment le gouvernement pourrait-il reconnaitre que les pratiques sont inadmissibles sans admettre son échec à mettre en oeuvre les règles applicables à l’abattage des animaux ? Nous voyons ici les limites du système mis en place.

Nous avons besoin d’un moyen plus efficace de faire exécuter les lois et règlements, avec un corps indépendant de professionnels. Ces derniers iraient sur le terrain pour vérifier que les pratiques des abattoirs sont conformes.

Pour quelles conséquences ?

 

L’idée de rendre la réglementation plus stricte peut déranger. En effet, non seulement nous prenons le risque de moraliser certains comportements, mais en plus, nous ne savons pas si les réglementations seront mises en oeuvre pour les raisons que j’ai expliquées plus haut.

Ajouter de nouvelles règles peut être vu comme une solution transitoire avant de cesser pour de bon les mauvais traitements infligés aux animaux. Mais elle ajoutera encore à la masse de règles déjà existantes et qui ne sont pas toujours appliquées.

Sur ce dernier point (pour quelles conséquences ?) j’ai des difficultés à formuler une opinion tranchée.

J’espère que vous ne vous êtes pas endormis !

Pour résumer : Nous avons vu qu’il existe déjà des règles en matière d’élevage et d’abattage des animaux, règles qui ne sont pas satisfaisantes. Nous avons ensuite envisagé une action plus poussée de la part de l’Union Européenne, et nous avons vu que l’un des gros chantiers pourrait être l’abattage rituel. Enfin, nous avons vu qu’il fallait améliorer la mise en oeuvre des règles déjà en vigueur.

Que pensez-vous de la réglementation actuelle ? Seriez-vous pour ou contre des modifications ?

Votre opinion m’intéresse, j’adorerais discuter avec vous du sujet ! Alors si vous avez quelque chose à dire ou des questions, laissez un petit commentaire en dessous ^^

2 commentaires sur « Doit-on réglementer davantage l’élevage et l’abattage des animaux ? »

  1. Tres intéressant.
    A mon avis des lois plus strictes ne serviront a rien.
    Les grosses entreprises payeront pour s’éviter les problèmes pendant que les petits agriculteurs continueront de crever avant d’avoir trouvé un autre job. Et la condition animale ne sera pas améliorée.
    Accompagner les éleveurs vers une reconversion et fermer définitivement les abattoirs est la seule solution.

  2. Je suis d’accord avec toi ! Seulement j’ai parfois cette petite voix qui me dit qu’il faut avoir une approche plus “progressiste”… bref mon opinion se contredit encore, mais l’idée d’accompagner à une reconversion est vraiment intéressante ! Merci 🙂

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