Comment la qualité de notre flore intestinale influence notre quotidien

Nous entendons parler de la flore intestinale depuis… très longtemps. Il semblerait que nous ne mesurions que depuis récemment l’impact que cette flore intestinale peut avoir sur notre quotidien : digestion, carences, humeur, maladies, concentration…

Nous avons des trillions de bactéries qui vivent dans notre intestin. Une expression dit “nous sommes ce que nous mangeons”… mais si on regarde de plus près il semblerait que nous sommes ce que les bactéries qui vivent en nous mangent. Ces bactéries forment ce que l’on appelle le microbiote, elles vivent dans notre intestin qui est leur univers, on pourra l’appeler microbiome. Plus vous lirez sur le sujet et plus vous verrez que ces deux termes sont utilisés sans distinction… mais autant clarifier les termes 😉

Ces bactéries sont si nombreuses que, une fois regroupées, elles pèsent plus lourd qu’un cerveau humain…

Nous allons voir en quoi ces bactéries peuvent influer sur notre humeur, sur notre système immunitaire et sur notre digestion.

Ce sujet mérite qu’on écrive tout un livre, voire plusieurs. D’ailleurs, si vous êtes curieux, je vous recommande de lire “le charme discret de l’intestin” de Giulia Enders, un livre fascinant !

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Les bactéries dictent nos humeurs

Nous avons toujours aimé nous distinguer des autres animaux en revendiquant que nous avons un esprit, une conscience et des émotions. C’est bien vrai, mais il semblerait que nous ne soyons pas seul maître à bord.

De plus en plus d’études viennent relier notre microbiote à des maladies telles que la dépression. Les bactéries ne sont pas la seule cause de dépression, mais des scientifiques ont pu constater que certains patients souffrant de dépression nerveuse avaient en fait un microbiote peu diversifiée… Il semblerait donc que plus notre microbiote est diversifié, mieux nous nous portons.

Peut-être que l’expression “être pris par les tripes” n’est pas si innocente. Mais comment ces toutes petites bactéries peuvent-elles affecter notre cerveau ?!

Regardons le nerf vagal (c’est le nerf le plus long du corps !). C’est l’autoroute qui va de notre intestin vers notre cerveau, dans laquelle circule toutes sortes d’informations. Les informations passent dans les deux sens, et elles déterminent notre développement neuronal dès notre conception.

Le nerf vagal trouve son origine dans notre paroi intestinale et va jusqu’au cerveau.

Des tests ont été réalisés sur des souris (je sais…). On a comparé des souris nées dans une atmosphère totalement stérile (donc sans microbiote) et des souris “normales”. Leurs réactions aux situations de stress étaient totalement différentes. Les souris qui avaient un microbiote “normal” ou existant avaient des réactions mesurées.

On note que la présence de la bactérie appelée lactobacillus rhamnosus joue un rôle important. Les souris traitées avec cette bactérie montraient moins de symptômes de dépression que celles qui en étaient dépourvues.

Des études similaires ont été menées sur des êtres humains avec les mêmes résultats.

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Les bactéries affectent notre poids

Vous vous êtes toujours demandé pourquoi votre amie pouvait manger 1 salade et prendre du poids pendant que vous siphonnez les pots de Ben & Jerrys en toute impunité ? Ou inversement ? Il se pourrait que la réponse réside à l’intérieur… et non ce n’est pas maître Yoda qui le dit, c’est la science !

Les bactéries qui peuplent notre intestin affectent la façon dont nous métabolisons les aliments. Nous n’avons pas tous le même microbiote, et nous n’avons donc pas la même réaction face à une alimentation similaire. C’est aussi pour cela que j’insiste tout le temps sur insta : ne nous comparons pas aux autres !!!

Une étude dans le même goût que celle concernant le microbiote et la dépression a été conduite sur des souris (de la même espèce). Elles ont toutes été nourries de la même façon et il s’est avéré que ces souris identiques au régime identiqus n’avaient pas les mêmes effets concernant la prise de poids. Certaines prenaient plus de poids que d’autres.

D’ailleurs, depuis cette trouvaille certaines expériences assez avant-gardistes ont été menées sur les humains : la transplantation de microbiote fécal, afin d’aider certains individus atteints d’obésité. Voici le résultat d’une transplantation qui a un peu trop bien marché :

Une mère atteinte d’une infection et d’inflammation de l’intestin a subi une transplantation, la matière fécale provenant de sa fille, qui elle n’était pas affectée par cette condition. L’expérience a fonctionné, mais pas comme recherché. La mère est par la suite (premiers signes 18 mois après) devenue obèse… il s’est avéré que sa fille portait en fait cette prédisposition à l’obésité, qui ne s’était pas encore manifestée chez sa fille adolescente.

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Les bactéries affectent notre système immunitaire

C’est encore avec des souris que des expériences ont été menées pour conclure que les souris nées dans une atmosphère stérile avaient un système immunitaire faible en comparaison avec les souris “normales”. Il existe des bactéries qui causent des infections, mais beaucoup d’entre elles sont au contraire bénéfiques. Pensez-y la prochaine fois que vous mettez du gel anti-bactérien sur vos mains… vous tuez aussi toutes les gentilles bactéries qui sont là pour vous protégez 😉

Essayons de faire simple… des chercheurs ont trouvé qu’un type de bactérie (plutôt une partie de ces bactéries) une fois exposées à un type de cellule immunitaire, provoquaient une démultiplication de ces dernières. C’est positif, plus on en a plus notre système immunitaire est efficace.

Il semblerait donc qu’il soit possible d’extraire ces bactéries et les offrir aux personnes âgées ou nourrissons dont le système immunitaire est faible.


Nous n’avons pas encore fini de découvrir les merveilles que peuvent faire ces bactéries, mais les choses s’annoncent vraiment bien, vous ne trouvez pas ? J’espère que vous aurez trouvé le sujet aussi fascinant que moi 😉


Références :

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0166223613000088

http://www.cell.com/cell-reports/fulltext/S2211-1247(17)30751-9

https://www.cell.com/cell-reports/fulltext/S2211-1247(17)30853-7

http://journals.lww.com/psychosomaticmedicine/Abstract/publishahead/Brain_structure_and_response_to_emotional_stimuli.98803.aspx

Le Charme Discret de l’Intestin, Giulia Enders

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